Images de l'ascension (les images apparaissent dans une fenêtre séparée)
La face Nord des Courtes vue de profil La face Nord de profil
Au dessus de la rimaye Au dessus de la rimaye
Greg dans la paroi Greg dans la paroi
Greg au sommet Greg au sommet
Les Droites vues du sommet Les Droites vues du sommet
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Les Courtes (3856 m)

Voie des Suisses

Ca faisait longtemps que j'avais envie de faire la voie des Suisses en face Nord des Courtes. Mais les années ont passé sans que le seul compagnon de cordée avec lequel j'envisageais sérieusement cette voie, Manu, ne soit disponible en même temps que moi au printemps, la meilleure période pour effectuer cette ascension. J'en étais venu à l'envisager en solo, en particulier après avoir rencontré dans le Verdon un jeune alpiniste allemand qui l'avait fait seul seul. Ma première expérience en solo dans le Couloir de Barre Noire dans les Ecrins m'avait conforté dans cette idée. Puis j'ai délaissé quelques temps l'alpinisme au profit des voyages et surtout vu Greg monter en puissance dans des courses de plus en plus dures jusqu'à atteindre le niveau TD. C'est donc tout naturellement ensemble que nous nous sommes lancés dans la face Nord des Courtes au printemps 2003.

Au refuge d'Argentière mon coeur battait à 80 pulsations par minute au repos mais je n'y ai pas prêté attention, trop excité par la paroi qui nous attendait le lendemain. Sachant que nous ne serions pas une cordée rapide nous nous sommes levés tôt, une heure avant tout le monde, et nous sommes partis en peaux de phoques sur le glacier. Lorsque nous avons abandonné les skis pour chausser les crampons, le jour était encore loin et la frontale de rigueur.

Mais une fois à la rimaye nous avons déchanté en nous heurtant à un mur de glace et de neige pourrie, vertical et même déversant en certains lieux. Nous avons tenté de l'escalader à deux ou trois endroits, mais à chaque fois nous avons renoncé, la sortie dans un neige pourrie étant aléatoire. Les autres cordées parties bien après nous du refuge, et dont nous avions pu suivre la progression sur le glacier en contrebas, arrivaient alors que nous étions toujours bloqués au pied de la rimaye. Elles se sont éparpillées dans toutes les directions, et vingt minutes plus tard, alors que je commençais à fatiguer à force d'essais infructueux, un appel annonça qu'une d'elles avait trouvé la faille. Nous avons alors emboîté le pas aux autres cordées dans un labyrinthe de murets, de ponts et de margelles tout à gauche de la rimaye. Quand nous avons enfin attaqué la pente de neige, nous étions les derniers (comme quoi les premiers seront les derniers ;-).

Les conditions de neige étaient très bonnes et nous n'avons eu qu'à suivre les traces jusqu'au passage raide au tiers de la face. Les cordées étant arrivées presque ensemble jusque là, des grimpeurs se sont élancés en parallèle sur les deux coulées que formait la cascade de glace. En deux courtes longueurs à 75° nous avons fait de même et ainsi franchi le point de non retour dans la face. Le reste de l'ascension ne posa pas de problèmes techniques particulier, la pente de neige étant en bonne conditions et tracée, mais j'étais de plus en plus fatigué et nous avons vite été distancés par les autres. Pire, j'avais sans arrêt des onglées j'ai dû m'arrêter plusieurs fois pour faire refluer le sang dans mes doigts, au prix d'une douleur violente. Pourtant il ne faisait pas très froid en cette fin mars. Epuisé j'ai fini par rejoindre Greg, qui avait pris les commandes de la cordée, au sommet de la face puis des Courtes après quelques mètres d'arête. Un dernier repos, une photo et nous avons pris le chemin de la descente, à savoir le couloir Nord-Est, alors que l'après-midi était déjà bien entâmée.

Jamais descente ne m'a semblée aussi longue. Dans l'état d'épuisement dans lequel j'étais je ne me sentais pas sûr de moi, surtout dans la neige pourrie qui tapissait les 800m de couloir. Je m'arrêtais toutes les 30 secondes, assuré par Greg quelques mètres au-dessus de moi. Finalement nous sommes parvenus jusqu'aux skis sans autre accroc que l'heure tardive. Etant donné mon niveau en ski et mon état de fatigue je ne me sentais pas de continuer avec la descente sur la vallée, surtout en Koflach souples et à la frontale ! Nous avons donc regagné le refuge d'Argentière et les jeunes aides des gardiens ont été tout surpris de nous revoir à 21h. Ils nous ont même offert un jus d'orange pour nous remettre, ainsi qu'une bassine d'eau tiède car j'ai eu la mauvaise surprise de me découvrir des extrémités de doigts toutes blanches sur 1 cm. Les onglées successives avaient conduit à des gelures superficielles de mes doigts, qui sont restés davantages sensibles au froid par la suite. Je ne m'explique toujours pas ces gelures survenues par des températures modestes et cette fatigue qui m'est tombée dessus très tôt. Peut-être un virus, ce qui expliquerait aussi les battements du coeur trop rapides, ou une mauvaise hydratation. Toujours est-il que je suis content de ne pas avoir été en solo ce jour-là...